En France, le don du sang repose sur quatre grands principes :
- anonymat
- bénévolat
- volontariat
- non profit
Mais qu’en est-il dans le reste du monde ? Cet été suivez nous dans la découverte du système de don à travers le monde !
Épisode 1 : L'Amérique du Sud
L'Amérique du Sud compte près de 440 millions d'habitants et chaque année plusieurs millions de dons de sang y sont réalisés. Pourtant, selon l'Organisation Panaméricaine de la Santé, les besoins restent supérieurs aux quantités collectées dans de nombreux pays.
Pendant longtemps, dans plusieurs pays comme le Chili, le Paraguay, la Bolivie ou encore le Pérou, les réserves de sang ont principalement reposé sur les dons familiaux ou de remplacement. Lorsqu'un patient nécessite une transfusion, ses proches sont invités à donner leur sang afin de reconstituer les stocks utilisés. Ce système permet de répondre à certaines urgences mais ne garantit pas des réserves suffisantes pour tous les patients.
Dans certains pays, des donneurs rémunérés ont également existé. Cette pratique est aujourd'hui fortement déconseillée par l'Organisation Mondiale de la Santé, car elle peut inciter certaines personnes à dissimuler des comportements à risque pour pouvoir donner, augmentant ainsi le risque de transmission de maladies infectieuses.
Aujourd'hui encore, les principaux défis rencontrés dans la région sont nombreux :
- un nombre insuffisant de donneurs réguliers ;
- une faible culture du don volontaire dans certains pays ;
- des inégalités d'accès aux centres de collecte, notamment dans les zones rurales ou montagneuses ;
- des ressources financières, matérielles et logistiques parfois limitées ;
- la nécessité de mieux fidéliser les donneurs et de sensibiliser les jeunes générations.
Malgré ces difficultés, la situation évolue progressivement. Depuis une vingtaine d'années, les pays d'Amérique latine, accompagnés par l'Organisation Panaméricaine de la Santé, développent des politiques visant à promouvoir le don volontaire, régulier et non rémunéré, reconnu comme le modèle le plus sûr pour les donneurs comme pour les receveurs. Des pays, comme l'Uruguay par exemple, atteignent désormais une majorité de dons volontaires, tandis que d'autres poursuivent leur transition.
Le Chili : un exemple de transformation
Le Chili illustre particulièrement bien cette évolution grâce au travail mené à Concepción, deuxième bassin urbain du pays.
Parmi les acteurs de cette transformation figure Cristina Martinez, médecin spécialiste de la transfusion sanguine et responsable du centre de transfusion sanguine de Concepción jusqu’à récemment. Très investie dans la promotion du don volontaire, elle est devenue une référence en Amérique latine pour la modernisation des systèmes de collecte. Son engagement lui a permis de collaborer avec de nombreux partenaires nationaux et internationaux afin de faire évoluer les pratiques et de renforcer la sécurité transfusionnelle.
Lorsque la Dr Cristina Martinez débute ce projet dans les années 80, le Chili fait face à une situation préoccupante : les besoins en produits sanguins dépassent les quantités collectées et la très grande majorité des dons provient encore des proches des patients. Les dons volontaires représentent alors seulement 3 % des donneurs au niveau national.
Afin de changer durablement les habitudes, un projet pilote est lancé à Concepción, qui compte déjà 25% de donneurs altruistes. Son objectif est de développer une véritable culture du don bénévole et de faciliter l'accès au don.
Plusieurs actions sont mises en œuvre :
- la création d'un centre de collecte fixe accueillant les donneurs toute l'année ;
- le développement de collectes mobiles dans les universités, les entreprises et les lieux publics ;
- des campagnes de communication destinées à informer le grand public sur l'importance du don volontaire ;
- l'amélioration de l'accueil et de l'accompagnement des donneurs afin de favoriser leur fidélisation ;
- la formation des professionnels de santé aux bonnes pratiques transfusionnelles ;
- le développement de partenariats avec les associations locales, la Croix-Rouge et des équipes internationales, notamment françaises.
Les résultats sont particulièrement encourageants. Au sein du centre de Concepción, la proportion de donneurs volontaires atteint 80 % en 2025, soit une progression remarquable par rapport à la moyenne nationale. Cette évolution s'accompagne d'une amélioration de la qualité et de la sécurité des produits sanguins grâce à une meilleure sélection des donneurs, à leur fidélisation et à un suivi plus rigoureux.
Au-delà des chiffres, cette expérience démontre qu'un changement de culture est possible lorsqu'il s'appuie sur l'information, la proximité avec les citoyens et la confiance envers les équipes médicales.
Un enjeu mondial
L'exemple du Chili montre qu'il est possible de faire évoluer un système transfusionnel grâce à des campagnes de sensibilisation, à la création de centres de collecte accessibles et à la coopération internationale.
En France, ces principes éthiques et de sécurité sont déjà largement appliqués. Pourtant, les besoins restent quotidiens : les produits sanguins ont une durée de conservation limitée et les besoins des hôpitaux sont constants. S’y ajoute la nécessité de développer de façon importante le don de plasma pour la fabrication de médicaments dérivés du sang. Comme partout dans le monde, la sécurité transfusionnelle repose avant tout sur la générosité et la fidélité des donneurs.