27/09/2017
 Cynthia Fleury : " Le don de sang s’extrait de l’idée de consommation "

Philosophe et psychanalyste, auteure de nombreux ouvrages et essais, Cynthia Fleury nous explique comment le don de sang s’inscrit dans l’économie du partage. 

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Cynthia Fleury, selon vous, quelle est la place du partage dans notre société ?
Le « partage » revêt des situations très différentes : réel partage au sens éthique du terme, formes - plus créatrices - de mutualisation de l’usage et de la propriété, économie de débrouillardise (ce qu’on appelle l’innovation Jugaad) face à la précarisation ambiante, conscience des « commons » (biens communs) et de la nécessité de défendre des biens publics inappropriables et d’en préserver l’accès équitable, sens écologique légèrement plus affirmé, etc.


Le co-voiturage ou encore l’échange de logement se développent de plus en plus. Est-on réellement entrés dans une ère d’économie de partage ?
Nous sommes dans une ère de l’usage, de la mobilité, de la connectivité. Les biens matériels se conjuguent aux biens immatériels dans la définition de la richesse. Ce qui compte pour les individus, c’est d’avoir le sentiment d’une multiplication de choix de vie possibles, que l’avenir n’est pas écrit et qu’il est ouvert en termes d’ascension sociale et de qualité de vie. Si le néolibéralisme et sa version réductrice de l’individu, phagocyté par l’intérêt économique court-termiste, est toujours aussi prégnant, les modes critiques, alternatifs de vie et de gouvernance croissent également. Et ceux-là s’appuient fortement sur la coopération, le partage, l’intelligence collective, l’expérimentation, la désintermédiation ou encore les circuits courts.


Quelle est la place du don de sang dans cette économie de partage ?
Le don de sang, tel qu’il est pratiqué en France, s’extrait de l’économie de marchandisation du vivant, et même de l’idée de « consommation ». C’est un acte volontaire, généralement conscient de l’utilité du don et de la solidarité, même si quantité d’autres motivations interviennent certainement. L’histoire personnelle, une confrontation avec la maladie par exemple, compte aussi beaucoup.


Comment se renouvelle l'expérience du don dans une société en pleine révolution, via le numérique, internet, les réseaux sociaux ?
Aujourd’hui en effet, l’expérience du don est souvent liée aux réseaux sociaux. Mais ne faisons pas de contresens. Le don nécessite une implication concrète, un engagement très réel, non virtuel. C’est sa part d’irréductibilité. Le lien à l’autre est non négociable, comme l’expérience de la relation de don en tant que telle.

Retrouvez cette interview dans le rapport d’activité de l’EFS.